Créations divines Las de l’éternité dénuée de piment, Dieu, d’un geste soudain, crée l’homme à son image, Avant de dédaigner le fruit de ce ratage, Monolithe vulgaire à l’esprit de dément. Le Créateur navré fomente un châtiment Contre cet être froid, aux manières sauvages, En inventant la femme, une fée au visage Plus lumineux qu’un astre au bord du firmament. Le mâle Adam conduit sa princesse au rivage Du plaisir insolent, sous un ciel sans nuages, D’où le Maître du monde agonit les amants. Ève, ardente beauté, réduit en esclavage Son compagnon conquis par ses yeux de diamant, Prophètes malicieux d’exquis enlacements.
Cabaret de l’amertume Au cabaret de l’amertume, J’entends les sirènes du port Se mêler aux soyeux accords D’une musique à plein volume.
Dans le soir qu’assombrit la brume De ce paysage du Nord, Une poupée aux cheveux d’or Accoste un marin en costume.
Tandis que la lune s’endort, J’écoute un trombone ténor Jouer la chanson du bitume.
Un goéland prend son essor Vers le firmament où ses plumes Chatoient dans le jour qui s’allume.
Visage du bonheur Sur la photo en noir et blanc, Ton visage de porcelaine Affiche une joie souveraine, Imperméable aux faux-semblants.
Retranché dans l’arrière-plan Orné d’une lune lointaine, Le jardin planté de vieux chênes Cèle nos souvenirs brûlants.
Les diamants de tes yeux s’égrènent En éclats jaillis par centaines Devant mon visage tremblant.
Ton sourire gracieux m’entraîne Sur le chemin étincelant De notre unisson insolent.
La bonne du curé
Pendant que le curé ânonne longuement Un sinistre sermon qui plonge les fidèles Dans un demi-sommeil, sa bonne se fait belle Pour embraser les sens de son prince charmant.
Loin du prêtre plongé dans le Saint Sacrement, Sa servante, insensible aux piétés éternelles, Fredonne en s'épilant galamment les aisselles Avant de se parer d'un collier de diamants.
Dans l'église, un gamin à la voix de crécelle, Troublé par les regards d'aguichantes gazelles, Entonne une chanson qu'il massacre crûment.
Tandis que l'homélie étouffe la chapelle Sous un voile d'ennui au goût d'enterrement, La bonne délurée se donne à son amant.
Exquise paresse Que m’importe l’éclat des palais où s’empressent Des flots de courtisans aux bras chargés de fleurs Qu’ils posent sur l’autel des futiles splendeurs, Avant de regagner leur monde de tristesse !
Que m’importe les traits d’ironie, que m’adressent Les anciens compagnons de mes tendres bonheurs, Empêtrés dans les rets d’une course aux honneurs Barbelée d’un fatras de cupides bassesses !
Que m’importe les cris des oiseaux de malheur, Prophètes belliqueux du néant fossoyeur, Avide d’engloutir les frivoles richesses !
Sourde à la frénésie des hommes querelleurs, Je m’abandonne aux joies d’une exquise paresse Que mon amie ponctue de soyeuses caresses. Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 30 V 07 – n. 15/2007, anno IX° |