Violon hivernal
Quand un aigre violon entonne dans le soir Un refrain oublié aux notes hivernales, Sous la fenêtre ornée d'un rideau de percale Imprimé de bouquets de fleurs en entonnoir ;
La vieille solitaire affronte son miroir, Insolent compagnon dont l'image brutale Hante ses insomnies qu'une lune d'opale S'acharne à délivrer de ses papillons noirs.
Aux portes d'un matin dont la grisaille étale Couvre d'un froid linceul l'antique cathédrale, Des nuages épais commencent à pleuvoir.
Quand un affreux tocsin plonge la capitale Dans l'abîme où sévit l'ange du désespoir, Une neige boueuse envahit les trottoirs.
Frissons pluriels Dans ta nuit solitaire, agile funambule, Je m’insinue, armée d’un fringant arc-en-ciel De baisers précurseurs de plaisirs torrentiels, Zélés à exalter tes rêves minuscules.
Au tréfonds de ton âme, émue, je déambule, Afin de déposer un bouquet démentiel De caresses gorgées de nos rires de miel Jaillis dans le creuset de nos joies noctambules.
Je t’offre un chapelet de mots confidentiels Dont la fièvre tarit la fontaine de fiel De ton chagrin nourri de ténébreux scrupules.
Dans le jardin soyeux de nos frissons pluriels, Je cultive la fleur du désir pour que brûle La sauvage pudeur que tu me dissimules.
Vénus lascive Dès qu’elle ouvre les yeux, le blanchâtre matin Exhorte le soleil aux lumières timides À embraser son corps dont les courbes splendides Arborent fièrement leur robe de satin.
Dans les joyeux éclats de son rire argentin, Vénus nue, insensible au temps qui se dévide, Secoue lascivement, sous mon regard avide, Les boucles veloutées de ses cheveux châtains.
Quand sa pose alanguie, en silence, m’invite À couvrir de baisers son ventre qui palpite, Je sème sur sa peau de rayonnants frissons.
La vague de désirs qui fond sur ma déesse Avive sa beauté d’une telle façon Que j’invente un faisceau d’insolentes caresses.
Princesse du néant Étrange créature, issue de ma mémoire, Princesse du néant, tu danses sur le fil Des ténèbres glacées un boléro subtil Dont l’insondable joie chasse mes idées noires.
Fille de l’espérance, ange prémonitoire, Tu quittes mon esprit au mépris du péril Pour offrir à la nuit ton sibyllin profil De muette sylphide au visage d’ivoire.
Dans tes yeux cristallins scintillent les lueurs De diamants insolents, imprégnés du bonheur Que ton corps élancé trame dans la pénombre.
Sur tes cheveux de jais, les rayons argentés D’une lune attentive à velouter les ombres Dessinent un faisceau d’ardentes voluptés.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 10 XII 07 – n. 34/2007, anno X° |