Sur ta tombe
Je ne viens pas ce soir déverser sur ta tombe Le flot de bile amère, au goût de désespoir, Issu de mes soirées sur le fil du rasoir Dans le désert hostile où, sans toi, je succombe.
Dépourvue de tes mains, mes ailes de colombe, Je me laisse envahir par mes papillons noirs Dont l'effrayant ballet au parfum d'encensoir Forme un rideau obscur dont la froideur t'incombe.
J'offre mon cœur brisé à l'affreux désarroi Que m'inspire aujourd'hui mon horizon étroit, Tandis que je frémis dans le vieux cimetière.
Je colle mon visage au bord de ton caveau Afin d'apercevoir ta précieuse poussière Dont l'horrible pensée me ronge le cerveau.
Soupe du soir
Le nez collé sur son fourneau, La femme prépare la soupe Pendant que les enfants s'attroupent Autour d'un jeu de meccano.
La marmite entonne un concert, Une gaie symphonie de bulles Dans l'avancée du crépuscule, Au centre d'un austère hiver.
Dès que chacun s'est attablé, Le mari à la lippe molle Mange sans dire une parole, Affalé devant la télé.
Dans ses horribles bruits de bouche, On n'entend plus voler les mouches. Orange brûlante
Sous les coups de mon vieux canif Se déroule une fête étrange Dans le centre de mon orange, À l'heure de l'apéritif.
J'en extrais un jus nutritif, Plus soyeux qu'une plume d'ange, Nectar radieux que je mélange Au fil de cocktails explosifs.
Sous sa peau, sa pulpe palpite En une promesse explicite D'offrir un en-cas savoureux.
Au cœur de sa chair succulente, Gorgée de parfums généreux, Jaillit une source brûlante.
Zoo alphabétique
Dans le zoo alphabétique, résident : Un alligator monté sur ressort Deux belettes à casquette Trois chevaux sans cerveau Quatre dindons sur des chardons Cinq éléphants et leurs enfants Six fox-terriers en gros souliers Sept gorilles qui s'étrillent Huit hippopotames sur un jeu de dames Neuf inséparables cachés sous la table Dix jaguars à l'écart Onze koalas sous la pergola Douze limaces qui se prélassent Treize moineaux en kimono Quatorze narvals qui s'ennuient au bal Quinze okapis sur un tapis Seize panthères à robe claire Dix-sept quiscales dans une malle Dix-huit renards mangeant du lard Dix-neuf sauterelles armées de truelles Vingt torpilles en guenilles Vingt et un unaus fous de dominos Vingt-deux vives qui salivent Vingt-trois wapitis avec leurs petits Vingt-quatre xiphophores délavés par le chlore Vingt-cinq yaks près du lac Vingt-six zibelines qui font la cuisine. Abécédaire culinaire Dans mon abécédaire culinaire, mijotent : Une aubergine farcie de clémentines Une banane à la frangipane Un cassoulet de poulet Un dindonneau aux pruneaux Un émincé de crustacés Un flan au vin blanc Un gâteau de tourteau Un homard aux épinards Une île flottante à la menthe Une julienne alsacienne Un kaki riquiqui Un lapin aux miettes de pain Une moussaka arrosée de muscat Un navarin au romarin Un œuf frit à la graisse de bœuf Un perdreau sur son lit de poireaux Une quiche aux pois chiches Un romsteck garni de fruits secs Un soufflé acidulé Un tajine de sardines Un uru cru Une ventrèche à l'encre de seiche Un whisky exquis Un ximenia flambé au ratafia Un yak mariné au cognac Un zeste de fantaisie digeste.
Je te dédie ces roses
Au seuil de l'abandon, je te dédie ces roses Assemblées en bouquet aux fringantes couleurs, Message d'espérance au parfum du bonheur Qui reviendra fleurir dans ton âme morose.
Quand ton cœur se flétrit sous la cendre des choses, Au lieu de t'effondrer dans un torrent de pleurs, Laisse-toi consoler par la magie des fleurs Dont la beauté soyeuse, à la joie, te dispose.
Pour effacer le goût de ton amour déçu, Cueille un baiser sucré sur le tendre tissu D'une ardente corolle à la saveur exquise.
Quand les roses fanées joncheront ton esprit, Tu te délivreras de ma coupable emprise En jetant notre histoire au puits de ton mépris. Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it - 10 II 08 - n. 4/2008, anno XI° |