Rocher solitaire Solidement planté en bordure de mer, Solitaire rocher, je fleuris le rivage De mon muet profil, impassible visage Observant le décor du printemps à l'hiver.
Insensible aux poignards des effrayants éclairs Que lance sur mon sein un violent ciel d'orage, J'oppose à la fureur des éléments sauvages Ma stature immobile à l'expression de fer.
De mon sommet hardi, je pique les nuages Afin de les chasser loin de ce paysage, Avant qu'ils ne me noient sous leurs sanglots amers.
J'abrite les ébats des amants de passage, Dont je garde en mon cœur le parfum de la chair Pour conjurer l'ennui de l'horizon désert.
Ombres de l'insomnie
Entre chien et loup, Le cœur amer S'écorche aux volets clos.
Sous le drap glacé, Le corps se raidit Dans la douleur de l'absence.
Les ombres de l'insomnie Flottent dans le miroir De la nuit impassible.
Dans l'esprit indécis, Des mots insolites Tracent un chemin de peine.
L'empreinte d'un sourire Glisse dans l'amnésie De l'aurore blême.
Le temps se dilapide En sable d'ennui Sur l'âme suffoquée.
Partie d'échecs
Tandis que ses sujets défendent sa couleur Sur l'immense échiquier où des pièges se trament, La reine, que l'enjeu de la bataille enflamme, S'élance à pas géants vers un fou querelleur.
L'impudent terrassé en deux coups ravageurs, La guerrière déjoue le stratagème infâme D'un cavalier sournois qui, sous ses yeux, entame Un galop effréné aux virages trompeurs.
Les pions noirs, pressentant l'imminence d'un drame, Se ruent en rangs serrés vers le roi que sa dame Exhorte à repousser l'assaut de l'oppresseur.
Quand l'albe souverain superbement proclame Le mat de son rival pétrifié de frayeur, Les survivants s'enfuient vers l'étui protecteur.
Jeu d'échecs
Pour jouer aux échecs, prenez un partenaire Bête à manger du foin. Donnez à l'indolent Un verre de vin rouge et choisissez les blancs. Avec ces ingrédients, vous gagnerez la guerre.
Éloignez votre roi des griffes lapidaires De la reine ennemie puis attaquez les flancs Des noirs paralysés par vos coups excellents. Décimez sans pitié les rangs de l'adversaire.
Afin de dominer fermement l'échiquier, Piquez au camp rival les pions, les cavaliers, Les fous, les tours, la reine, et sonnez la victoire.
Concluez en matant le roi inoffensif Dont la chute cinglante étendra votre gloire Aux dépens du crétin à l'œil admiratif
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it - 20 VII 08 - n. 20/2008, anno XI° |