Bouquet de tendresse
Je compose un bouquet aux couleurs de tes yeux, Ces étangs de tendresse au regard d'émeraude, Dont la calme douceur m'emporte aux antipodes Du grisâtre horizon de mon esprit pluvieux.
J'adresse une prière à l'attention des cieux Pour qu'ils dardent sur toi les lueurs les plus chaudes Du soleil revenu d'un effrayant exode Au funeste pays des cauchemars odieux.
J'entonne une chanson dont les notes soyeuses Déroulent un ruban de gaieté chaleureuse Au centre de ton cœur, maître de mon bonheur.
Je dessine un jardin dont les fleurs chatoyantes Exhalent des torrents d'enivrantes senteurs Pour sceller fermement notre radieuse entente.
Marin solitaire
Marin solitaire Étranger au long cours Tu dérives au hasard
Tu noies tes incertitudes Dans les bistrots anonymes De villes brumeuses
Voyageur sans bagage Tu largues tes fantômes Dans des bouges enfumés
Tu troques tes souvenirs Contre des étreintes furtives Imprégnées d’amertume
Tu promènes tes insomnies Sur les quais pestilents De ports énigmatiques
Métro infernal
Sur le quai verglacé de la station ultime, Constellée de voyous au sourire vicieux, Pousse le chardon noir de l'effroi pernicieux, Zélé à fomenter d'épouvantables crimes.
Dans l'obscur souterrain où des cris anonymes Lacèrent le silence en cauchemars odieux, Des spectres grimaçants au visage crayeux Pourchassent sans répit de candides victimes.
Face au dernier métro, deux venimeux pouilleux Inondent des bourgeois au masque camaïeu D'un torrent de jurons que l'alcool envenime.
Dès qu'un soleil lustral illumine les cieux, Le maître de l'enfer suspend la pantomime Des monstres ténébreux que le matin décime.
Ange de la folie
Fébrilement cachée dans la foule anonyme D'où monte un brouhaha aux accents étrangers, Je me laisse emporter, au mépris du danger, Par un flot de couleurs que le soleil anime.
Pour fuir le boniment d'une poupée sublime, Zélée à m'envoûter de ses cils allongés, Je m'échappe d'un bond avant de me plonger Dans un bar ténébreux où ma douleur s'arrime.
Accoudé au comptoir, un membre du clergé Me noie dans un torrent de sermons outragés Par les rires narquois de prophètes du crime.
L'ange de la folie m'invite à voyager Sur l'océan fougueux de mes vers dont les rimes Effacent les échos de mes doutes intimes.
Prière au sommeil
Sommeil, viens déposer sur mon cœur douloureux Ton voile velouté au parfum de silence Afin d'anéantir les fantômes qui dansent Dans les noires pensées de mon esprit fiévreux.
Fredonne à mon chevet les accords vaporeux D'un apaisant refrain venu de mon enfance. Enterre la douleur germée dans ma conscience Au fond d'un océan de coton ténébreux.
Au lieu de t'envoler dès que le jour se lève, Accompagne mon âme au rivage des rêves, Généreux inventeurs de mes nuiteux plaisirs.
Exhorte le soleil à suspendre sa course Afin que, longuement, je puisse enfin dormir Dans mon berceau obscur, sous l'œil de la Grande Ourse.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 10 III 07 – n. 7/2007, anno IX° |