Rossignol enchanteur
Le vieux dépenaillé, voûté par la tristesse, Assiste en tremblotant au ballet des canards Sur le lac constellé d’immenses nénuphars Qu’un aimable zéphyr berce de ses caresses.
Dans le silence amer des regrets qui l’oppressent, S’éteignent les échos de ses rêves épars, Tandis qu’il dépérit derrière le rempart De son regard glacé, dépourvu de tendresse.
Dès que des garnements se ruent de toute part En brisant son repos de leurs rires braillards, Il les repousse à coups de canne vengeresse.
Aussitôt que surgit un rossignol bavard, Le vieillard, que ravit sa voix enchanteresse, Sent fleurir en son cœur un bouquet de promesses.
Ruban d'espoir Les lueurs de l’aube opaline Éclaboussent la nuit. Le soleil froisse les rêves tardifs.
Le cri du coq lointain Déchire le silence Pour éveiller le jour.
L’essaim de nuages hésite à pleuvoir Avant de s’éloigner, Chassé par le vent implacable.
Le bateau frémit Sur la mer dentelée Qui effleure l’horizon.
L’oiseau léger S’envole en agitant La cendre des choses.
Le temps impassible Dévide l’écheveau des souvenirs En soyeux ruban d’espoir.
Palais de la gourmandise
Au palais de la gourmandise, Les gâteaux déploient leurs senteurs En un doux ballet précurseur D’un goûter aux saveurs exquises.
Une timide adolescente, Vêtue d’une robe lilas, Déguste un cake au chocolat, Suivi d’une glace à la menthe.
Un soldat, flanqué d’une fille Aux yeux flamboyants de gaieté, Trempe dans sa tasse de thé Une tartelette aux myrtilles.
Une étrangère à la peau mate Dévore une portion de flan, Sous l’œil d’un vieillard corpulent, Attablé devant une eau plate.
À l’heure de la fermeture, Une dame au visage rond Court féliciter le patron Pour sa crème au coulis de mûres.
Mort aimable Quand le passé déverse un torrent de souffrances Nichées dans les recoins de chaque souvenir Sur mon cœur affaibli, dépourvu de désirs, Sinistre compagnon de ma désespérance ;
Quand le présent répand l’amère putrescence De la vaine amitié, zélée à me trahir, Sur mon âme blessée, épuisée de subir L’implacable poignard de l’infernal silence ;
Quand le linceul glacé qui couvre l’avenir Étouffe l’horizon qui commence à noircir Sous les feux maladifs d’un soleil sans défense ;
Mon esprit avisé m’intime de mourir Afin de mettre un terme au désarroi immense Qui creuse mon tombeau dans la nuit qui s’avance.
La fleuriste La fleuriste aux cheveux châtains, Dressée dans son floral empire, Assemble des gerbes de rire Qu'elle égrène dès le matin.
Elle conseille avec chaleur Les jeunes amoureux timides. De ses mains aux gestes rapides, Elle fait danser les couleurs.
Elle compose des bouquets Où trône l'orchidée royale Dont les magnifiques pétales Se drapent d'un velours coquet.
Elle marie l'œillet soyeux Au lys à la robe éclatante Dans des compositions charmantes Gorgées de parfums délicieux.
Mort aimable Quand le passé déverse un torrent de souffrances Nichées dans les recoins de chaque souvenir Sur mon cœur affaibli, dépourvu de désirs, Sinistre compagnon de ma désespérance ;
Quand le présent répand l’amère putrescence De la vaine amitié, zélée à me trahir, Sur mon âme blessée, épuisée de subir L’implacable poignard de l’infernal silence ;
Quand le linceul glacé qui couvre l’avenir Étouffe l’horizon qui commence à noircir Sous les feux maladifs d’un soleil sans défense ;
Mon esprit avisé m’intime de mourir Afin de mettre un terme au désarroi immense Qui creuse mon tombeau dans la nuit qui s’avance.
Ange d'espoir Je suis l’ange d’espoir qui blanchit l’horizon Pour guider les mortels aveuglés par la haine Vers le futur radieux où les âmes sereines Sèmeront le bonheur en toutes les saisons.
Je suis la cheminée qui chauffe la maison En crépitant le soir son ardente rengaine, Afin de calciner la jalousie obscène Qui insuffle aux humains le goût des trahisons.
Je suis l’eau qui bouillonne au creux de la fontaine Pour laver les esprits des effroyables peines Que l’inhumanité y déverse à foison.
Je suis le vent fougueux qui décoiffe la plaine Pour porter les parfums de ses gaies floraisons Jusqu’au tréfonds glacé des sinistres prisons.
Passé amer
Je viens d'un vieux village où la lune prolonge Le silence glacé du paysage empreint D'une mélancolie où les rayons chagrins D'un soleil moribond, sinistrement, s'épongent.
J'enterre dans mon cœur la ruelle qui longe L'église poussiéreuse à la cloche d'airain, Refuge improvisé de muets pèlerins Dont la fatigue éteint les doutes qui les rongent.
Prise dans les filets de mon passé, je crains Que mes regrets ne noient mes rires souverains Dans l'océan amer de mes scabreux mensonges.
Quand l'aurore blanchit mon horizon restreint, Brusquement délivrée de ma peine, je plonge Dans l'antre du futur, où s'étouffent mes songes.
Prière au printemps
Soleil, viens effacer par ta chaude caresse La neige maculée qui voile le décor, Avant de déchirer sous tes lumières d’or Le brouillard hivernal, imprégné de tristesse.
Rossignols, célébrez en chantant la noblesse De l’aurore pétrie de champêtres trésors, Pour que le firmament, charmé par vos accords, Éloigne prestement les nuées qui m’oppressent.
Remplace, exquis zéphyr, le vent glacé du nord, Dont le souffle puissant me lacère le corps, Afin de m’apaiser au creux de ta tendresse.
Printemps, apporte-moi le soyeux réconfort De ta gaieté fleurie de la douce promesse D’oublier dans tes bras la froideur qui me blesse.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 10 IV 07 – n. 10/2007, anno IX° |