Jardin de l'enfance - Volutes - Vampire déchu - Guitariste solitaire
Jardin de l'enfance Je garde au fond du cœur mon jardin de l'enfance, Où germe un chapelet de refrains enchanteurs Qui ponctuent le ballet des crayons de couleur, Habiles pourfendeurs des devoirs de vacances.
Dans mon âme palpite un village de France, Où le gai rossignol célèbre la douceur Du soleil bienveillant dont les tièdes lueurs Mènent sur la fontaine une enivrante danse.
Le crissement aigu de la plume d'acier, Que dirige ma main sur le laiteux cahier, Résonne tendrement au creux de ma mémoire.
La craie sur le tableau trace un savant lacis De présages radieux, inscrits sur le grimoire De mes jeunes années, exemptes de soucis.
Volutes
Je vis assis chez moi, dans un sombre quartier, La peau grise et marbrée d’innombrables brûlures. Les cendres de ma vie finissent dans l’évier. J’ai toujours un mégot près de la commissure.
Comme l’envol joyeux de jeunes éperviers, La fumée que j’inhale apaise mes blessures. L’instant suivant, roi mat sur un triste échiquier, Je rêve de m’enfuir par un trou de serrure.
Quand le bout de mes doigts prend la couleur du foin, Que mon corps épuisé menace de syncope, J’en allume encore une et la fume avec soin.
Tant pis si mes poumons font peur au stéthoscope, Sur un nuage bleu, je partirai très loin. Pourvu que l’au-delà autorise les clopes ! -Vampire déchu - Guitariste solitarie -
Vampire déchu Arrière, être maudit, bouffi de pourriture, Immonde meurtrier au masque dévasté Par la griffe du temps, zélée à effriter Ta carcasse affaiblie d’où la haine suppure !
Éloigne-toi, démon dont la noire stature Hante les boulevards de l’austère cité Jusqu’aux lueurs d’une aube inapte à supplanter La ténébreuse horreur de tes fêtes impures.
Efface ton sourire aux crocs ensanglantés, Prophètes silencieux de l’inhumanité De ton esprit dément, affamé de tortures.
Disparais à l’orée du jour prompt à chanter Un concerto d’espoir où le soleil augure Un avenir radieux, exempt de tes souillures.
Guitariste solitaire
Dès que la nuit éteint la rumeur citadine, L’homme quitte la chambre où son espoir décline, Pour flâner au hasard, seul avec sa guitare. Il entonne un couplet sur le quai de la gare, Sous l’œil indifférent des voyageurs pressés, Avant d’aller chanter dans le parc hérissé De tilleuls argentés dont les tendres fragrances Conduisent ses pensées au pays de l’enfance. Il cisèle un bouquet d’arpèges aux couleurs Des échos chatoyants de ses premiers bonheurs. Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 10 V 07 – n. 13/2007, anno IX° |