Rêve de cristal
Dans les volutes bleues d'un rêve de cristal, Qui forme un océan au cotonneux rivage, Je m'évade à l'abri du délicat visage De ma vive sylphide au regard infernal.
Dans ma nuit solitaire, un arc-en-ciel mental Déverse ses couleurs aux enivrants présages, Assemblées en bouquet de soyeuses images Qui dardent sur mon cœur leur parfum estival.
Un tourbillon de joie dans mon sang se propage En vagues de chaleur, qui lavent les outrages Que m'inflige ma belle au rire de métal.
Dans mon âme s'infiltre un ouragan sauvage Dont le poignard glacé creuse un profond canal Où se noie aussitôt mon chagrin viscéral.
Exquise paresse Que m’importe l’éclat des palais où s’empressent Des flots de courtisans aux bras chargés de fleurs Qu’ils posent sur l’autel des futiles splendeurs, Avant de regagner leur monde de tristesse !
Que m’importe les traits d’ironie, que m’adressent Les anciens compagnons de mes tendres bonheurs, Empêtrés dans les rets d’une course aux honneurs Barbelée d’un fatras de cupides bassesses !
Que m’importe les cris des oiseaux de malheur, Prophètes belliqueux du néant fossoyeur, Avide d’engloutir les frivoles richesses !
Sourde à la frénésie des hommes querelleurs, Je m’abandonne aux joies d’une exquise paresse Que mon amie ponctue de soyeuses caresses. Poésie urbaine Dans les supermarchés où les caddies s’animent En un ballet urbain de clients envoûtés Par les démons sournois de la publicité, Orfèvres de slogans aux promesses sublimes ;
Dans le métro bondé d’une foule anonyme Qu’un accordéoniste invite à écouter Sa chanson qui dévide en accords veloutés L’écheveau flamboyant de ses désirs intimes ;
Dans le journal du soir où l’inhumanité S’entremêle aux récits de sauveteurs dotés D’un courage fiévreux où le respect s’arrime ;
La poésie fleurit les murs de la cité Bardés de graffitis dont la violence exprime Le mépris pour un monde où le verbe s’abîme.
Fée magnifique
Prise dans les filets de ma dame de pique, Ma reine farfelue, je dispute au poker Mon fragile bonheur que le poignard pervers Du mensonge déchire en éclats ironiques.
Sous son masque effilé d'oiseau anorexique, Abandonné au cœur d'un éternel hiver, Se cache une guerrière au courage de fer, Dardant ses traits subtils jusqu'à ce que j'abdique.
Son regard constellé de reflets outremer Immerge l'écheveau de mes soupçons diserts Dans le flot bouillonnant de sa tendresse unique.
Son sourire abolit mes souvenirs amers, Si bien que, dans les bras de ma fée magnifique, Je savoure la joie qu'elle me communique.
Musiciens du soleil Musiciens du soleil, venez exécuter Vos chansons endiablées dans les rues de la ville, Pour que votre gaieté chasse l’hiver hostile Qui s’acharne à hanter les esprits attristés.
Baladins étrangers, semez dans la cité Des bouquets flamboyants de poèmes habiles À conjurer l’ennui dont les rets se profilent Sous l’horizon vêtu d’une âpre obscurité.
Poètes, déclamez de vos voix volubiles Des vers prompts à fleurir de joie les domiciles Qu’assombrit un lacis de rêves avortés.
Magiciens, constellez de radieux volatiles Le firmament désert, afin de déliter Les échos ténébreux de l’inhumanité.
Joies singulières
Elle est le rossignol en habit de lumière, Dont l'exquise chanson imprégnée de gaieté Enflamme prestement la grisâtre cité Où s'écoule ma vie aux peines coutumières.
Elle est l'aile du vent, qui chasse la poussière De mon cœur envahi de désirs avortés Pour tracer un chemin d'ardentes voluptés, Où brillent les diamants de ses yeux incendiaires.
Elle est le frais bouquet du premier jour d'été, Prophète du plaisir, zélé à m'envoûter Afin que je renonce à ma pudeur altière.
Elle est le papillon du jardin enchanté, Qui vient danser le soir au bord de mes paupières Un ballet liminaire à nos joies singulières.
Radieuses ruelles Rendez-nous les pavés des radieuses ruelles De l’époque bénie où la soupe aux poireaux Diluait la vinasse avalée au bistrot Sous l’œil encourageant de lascives gazelles.
Baladins, revenez chanter sous les tonnelles Tendrement éclairées par les rais vespéraux Du soleil égayant les nappes à carreaux Étendues sur l’autel des douceurs éternelles.
Arlequins, endossez vos habits de pierrot Pour aller fredonner aux gracieux tourtereaux Les notes enjouées d’anciennes ritournelles.
Musiciens, entonnez d’éclatants boléros, Afin que leurs accords, sculptés au violoncelle, Dessinent le chemin de la gaieté nouvelle.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 20 V 07 – n. 14/2007, anno IX° |