Frissons matinaux
Pendant que tu m’oublies dans tes rêves candides Au pays silencieux de tes espoirs nombreux, Je hante ton sommeil d’un tourbillon fiévreux De secrètes pensées pétries de joie limpide.
Dans le jardin obscur où tes nuits se dévident, J’arrache les chardons de tes doutes affreux Avant de déverser un torrent vigoureux De désirs qui noieront ta tristesse perfide.
Dans ta chambre envahie de tes dessins d’enfant, Je sème allégrement un bouquet triomphant D’ardentes voluptés imprégnées de tendresse.
Doucement éveillée par les lumières d’or D’un soleil matinal débordant de promesses, Tu souris aux frissons qui germent sur ton corps.
Insolent pouvoir Quand ta main prend la mienne à l’approche du soir Afin de m’insuffler ta joie de vivre immense, Sous l’éclat de ton rire effritant le silence En diamants dont les feux exaltent mon espoir ;
Quand l’étang de tes yeux noie les papillons noirs Qui mènent dans mon âme une effroyable danse, Pour éteindre l’écho de mes cris de souffrance Germés dans mon passé sur le fil du rasoir ;
Quand ta voix, imprégnée d’une tendresse intense, Murmure à mon oreille une chanson d’enfance Pour chasser le chagrin qui s’acharne à pleuvoir ;
Mon esprit, enivré par ta chaude présence, Oublie son désarroi avant de concevoir Un hymne célébrant ton insolent pouvoir. Un sonnet Vers tirés au cordeau, hémistiches conformes, Serrés, bien alignés, ils font une chanson. Syllabes enchaînées, alexandrins en forme, De ce premier quatrain, j’écris les compagnons.
Les vers contemporains ont bousculé les normes Mais, comme quatre murs forment une maison, Le vers est l’armature et, pour qu’on ne s’endorme, La rime à chaque bout nous guide tout le long. Maintenant ce tercet me résiste et m’obsède. Dieux du Parnasse, amis, venez donc à mon aide, Soufflez-moi trente mots pour finir ma mission. Enfin je touche au but mais que la pente est raide ! En comptant le suivant et les vers qui précèdent, Je pousse un cri de joie : « Sonnet, admiration ! »
La passante
Dans la rue obscurcie, une femme s'avance À petits pas discrets vers le grand boulevard Où son manteau grisâtre et son morne foulard Disparaîtront bientôt parmi la foule immense.
De son masque fripé s'échappent des souffrances, Un amour dévasté qui ternit son regard D'un voile de regrets noyés dans le cafard Au rythme de ses bras qui marquent la cadence.
Solitaire blessée par d'âpres cruautés, J'accorde ma tristesse à sa sombre beauté Dans un rêve furtif conjuguant nos visages.
Sourde à mes songeries, la passante s'enfuit Dans la ville endormie jusqu'au lointain rivage Où d'anciens souvenirs illuminent sa nuit.
Oiseau matinal
Dans la voûte où s'étire un soleil amical, Insensible à l'ennui de ma vie solitaire, Lourde de souvenirs aux griffes délétères, Je cueille les diamants d'un espoir estival.
Tièdement caressée par un vent vespéral, Imprégné du parfum de plantes étrangères, Je me laisse emporter vers le pays lunaire De la gaieté fleurie de rires de cristal.
Sous un violent orage aux éclairs lapidaires, Zélés à calciner mes cauchemars polaires, Je brise le carcan de mon chagrin létal.
Quand l'horizon voilé de nuées éphémères S'embrase de couleurs à l'éclat sidéral, Je chante à l'unisson d'un oiseau matinal.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 10 VI 07 – n. 16/2007, anno IX° |