Sapho L'âme de Sapho, la poète, Guide le chant de volupté De mon être que sa beauté Conduit sur des grèves secrètes.
Sourde aux insolents qui lui prêtent Un amant dont la cruauté Assouvit leur virilité, J'applaudis ses tendres conquêtes.
Grisée par ses mots indomptés, J'aborde au rivage enchanté De l'amour féminin en fête.
À l'encre de sa pureté, Je forme des vers que je jette Jusqu'aux confins de la planète.
Chat mort Dans mon esprit erre un chat mort Dont les miaulements oblitèrent La paix de mes nuits solitaires Afin que je perde le nord.
Au fond de ses yeux perlés d’or Luisent d’insondables mystères Que ce félin au pas lunaire Fabrique pendant que je dors.
D’une griffe avide, il lacère Mes rêveries pour satisfaire Sa fureur d’animal retors.
Aussitôt que ma main légère Se risque à caresser son corps, Ce monstre capricieux me mord.
Princesse du néant
Étrange créature, issue de ma mémoire, Princesse du néant, tu danses sur le fil Des ténèbres glacées un boléro subtil Dont l'insondable joie chasse mes idées noires.
Fille de l'espérance, ange prémonitoire, Tu quittes mon esprit au mépris du péril Pour offrir à la nuit ton sibyllin profil De muette sylphide au visage d'ivoire.
Dans tes yeux cristallins scintillent les lueurs De diamants insolents, imprégnés du bonheur Que ton corps élancé trame dans la pénombre.
Sur tes cheveux de jais, les rayons argentés D'une lune attentive à velouter les ombres Dessinent un faisceau d'ardentes voluptés.
Carrefour de l’insomnie
Au carrefour de l’insomnie Naissent des mots complices De désirs inventés.
Dans la nuit languide, Le souffle d’un poème Efface l’empreinte d’un regret.
Le miroir du passé se brise En fragments équivoques Dont la douleur s’émousse.
À l’angle des certitudes, Le chemin de l’errance Fleurit de sourires tendres.
Sous un rêve avorté Germe une fleur d’espoir Au parfum d’imprévu.
Dans le cœur écorché, Une voix anonyme Tisse un ruban de joie Aux couleurs du futur.
Louve amicale Dès que la nuit étend son aile de noirceur Sur les humbles maisons de l’antique village, L’enfant sent naître en lui une voix qui l’engage À quitter son foyer pour un magique ailleurs.
Dans la campagne obscure, armé de sa candeur, Il avance sans bruit, quand monte du bocage Qu’il s’apprête à franchir un hurlement sauvage Dont le timbre glacé lui déchire le cœur.
Cependant qu’il s’enfuit parmi les pâturages, Une louve efflanquée surgit sur son passage, De sorte qu’il se fige, en proie à la terreur.
Lorsque le carnassier lui lèche le visage, Le gamin épuisé, conquis par sa douceur, Plonge dans un sommeil aux rêves enchanteurs. __._,_.___ Étreintes mortes
Quand je m'envolerai loin du subtil poison Que le fleuve des ans verse dans les mémoires Pour éteindre le feu des serments illusoires, À l'heure où le soupçon assombrit l'horizon ;
Quand je m'évaderai de l'amère prison De l'ennui qui répand un flot de larmes noires Sur le cœur des amants pour noyer leur histoire Dans un boueux torrent de vaines trahisons ;
Quand je délacerai les invisibles chaînes Du quotidien pétri de silencieuses peines Qui étouffent les sens dans un puits de glaçons ;
Tu graveras mes vers au milieu de ta porte Afin de réveiller les insolents frissons Enterrés dans le lit de nos étreintes mortes.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 20 VI 07 – n. 17/2007, anno IX° |