Jardin de l’enfance Je garde au fond du cœur mon jardin de l’enfance, Où germe un chapelet de refrains enchanteurs Qui ponctuent le ballet des crayons de couleur, Habiles pourfendeurs des devoirs de vacances.
Dans mon âme palpite un village de France, Où le gai rossignol célèbre la douceur Du soleil bienveillant dont les tièdes lueurs Mènent sur la fontaine une enivrante danse.
Le crissement aigu de la plume d’acier, Que dirige ma main sur le laiteux cahier, Résonne tendrement au creux de ma mémoire.
La craie sur le tableau trace un savant lacis De présages radieux, inscrits sur le grimoire De mes jeunes années, exemptes de soucis.
Crocodile affamé
Tant d'animosité pour un ou deux vauriens Dévorés par erreur durant le crépuscule ! Ils nageaient devant moi, ces hommes minuscules, Bouchées de premier choix pour un noble saurien.
Je suis seul à présent, il ne reste plus rien À grignoter ici à part les libellules Que je n'ose manger craignant le ridicule, Le Nil est plus désert que le Nord sibérien.
De ce fleuve attristant, je quitte les rivages, Tenaillé par la faim et mes désirs sauvages, La gueule ouverte au vent, le regard poudré d'or.
Dès demain, je rejoins mon cousin d'Amérique Sur le Mississippi, un fier alligator. Le blues éloignera mes pensées nostalgiques.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 30 X 07 – n. 30/2007, anno X° |