Deux marguerites
Dans un champ de maïs qu'une brise légère Berce sous la clarté du soleil estival, Deux marguerites jouent un ballet végétal En ployant de concert leur tête vers la terre.
Aussitôt qu'apparaît dans un bruit de tonnerre Un monstre pestilent, habillé de métal, Que conduit un sauvage au visage brutal, Les belles ingénues frissonnent de colère.
Tandis que les assauts du colosse infernal Délitent l'harmonie du décor pastoral, Le tandem se revêt d'une inertie amère.
Dès que la nuit s'avance, un silence abyssal Envahit le bocage où les rayons lunaires Orchestrent sur les fleurs une danse éphémère.
Si vieux Je suis si vieux, l'ami, que j'ai connu la Terre À l'époque bénie où les maîtres des cieux Protégeaient l'univers de l'orgueil pernicieux Des humains acharnés à semer la misère.
Je suis si vieux, sais-tu, que j'ai vu le calvaire De peuples décimés par des combats odieux, Menés par des armées dont les soldats vicieux Torturaient sans raison les prisonniers de guerre.
Je suis si vieux, crois-moi, que j'ai parlé aux dieux Décidés à punir les mortels prétentieux En noyant l'univers sous une pluie polaire.
Je suis calme aujourd'hui face au funeste épieu Que l'ange du néant plonge dans mes viscères Pour chasser le mépris de ma conscience amère.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it - 20 XII 07 - n. 2/2008, anno X° |