Téléphone portable Tristement enfermé du matin jusqu'au soir Dans l'affreux sac à main d'une espèce de dingue Qui me laisse tomber pour un fixe cradingue, Aux cris assourdissants, vexé, je broie du noir.
Coincé entre un briquet et un crasseux mouchoir, Dans mon étui glacé où l'ennui me déglingue, J'attends l'heure bénie de quitter le burlingue Pendant qu'elle s'active à son turbin rasoir.
En rentrant au bercail, baladé dans Paname, Au milieu des klaxons, je sonne à fendre l'âme Pour que la fille, émue, murmure à mon micro.
Dans la nuit silencieuse où les ombres frissonnent, Posé sur le buffet, je chambre un vieux blaireau, Un téléphone à fil prochainement aphone.
Jardin d'hiver Dans la nuit ténébreuse, aux portes de l'enfer, Les vieux désabusés promènent leur carcasse Sous le dais protecteur des arbres qui enlacent Leurs feuillages d'argent au bruissement amer.
Loin de la ville grise où le spectre pervers De l'ambition déverse un torrent de menaces Sur le cœur des humains que la faiblesse agace, Le temps se ralentit dans le jardin d'hiver.
Les vieillards endurcis, sourds aux vaines souffrances, Offrent leur avenir aux griffes du silence, Sous l'œil indifférent des astres fugitifs.
Quand l'aile redoutée de la mort implacable Emporte froidement un squelette chétif, Ses pairs noient les débris de ses châteaux de sable.
Princesses du néant Étrange créature, issue de ma mémoire, Princesse du néant, tu danses sur le fil Des ténèbres glacées un boléro subtil Dont l'insondable joie chasse mes idées noires.
Fille de l'espérance, ange prémonitoire, Tu quittes mon esprit au mépris du péril Pour offrir à la nuit ton sibyllin profil De muette sylphide au visage d'ivoire.
Dans tes yeux cristallins scintillent les lueurs De diamants insolents, imprégnés du bonheur Que ton corps élancé trame dans la pénombre.
Sur tes cheveux de jais, les rayons argentés D'une lune attentive à velouter les ombres Dessinent un faisceau d'ardentes voluptés.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it - 20 II 08 - n. 5/2008, anno XI° |