Faubourgs parisiens
Sur les trottoirs plantés de chênes rabougris, Le fleuve des passants déverse la complainte De l'ennui sirupeux des vies en demi-teinte, Blotties dans le tréfonds des faubourgs de Paris.
Dans la ville étouffée par des nuages gris, Des clochards déplorant leur espérance éteinte Taquinent gauchement des fées aux lèvres peintes, Qui dardent en retour un regard de mépris.
Aux portes de la nuit, le bruyant labyrinthe Des avenues pétries d'une allégresse feinte Abrite un défilé de promeneurs flétris.
Dès que l'aube livide efface les empreintes Des cauchemars tapis dans les chastes esprits, Le sommeil engloutit les lascives houris
Le survivant du val
Tandis qu'autour de lui, déchirant le silence, Les valeureux soldats au regard de dément Marchent en rangs serrés sous un clair firmament Où se vautre un soleil puant d'indifférence ;
Le survivant du val, qu'emporte une ambulance À l'abri du village où meurent crânement Les conscrits entassés en un charnier fumant, S'oppose en solitaire au trépas qui s'avance.
Loin des champs dévastés par les bombardements, Le rescapé, gavé de remèdes calmants, Retrouve à l'hôpital une fière apparence.
Le fantassin, bardé d'immenses pansements, Inaptes à cacher ses muettes souffrances, Lave dans la boisson son âpre déchéance.
Fleuris ton quotidien
Fleuris ton quotidien de bouquets enchanteurs, Cueillis dans le jardin de la nuit, où tu cesses D'exercer un travail dont la rigueur t'oppresse, Pour offrir à ta belle un moment de bonheur.
Enflamme ton esprit d'insatiable lecteur En découvrant des vers pétris d'une tendresse Habile à engloutir les regrets qui te blessent Au fond d'un océan de plaisir rédempteur.
Conduis tes insomnies vers le port d'une ivresse Zélée à déliter l'écho de tes faiblesses, À l'orée d'un matin aux présages rieurs.
Lance des chapelets de sonnets à l'adresse De l'ami qui revient illuminer ton cœur De ses rêves germés dans un lointain ailleurs.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it - 10 VII 08 - n. 19/2008, anno XI° |