- Navire d’espoir Insensible au glacier qui confine mon cœur Dans sa prison d’effroi au tréfonds du silence, Je compose des vers au parfum d’espérance, Assemblés en bouquets de quatrains enchanteurs. J’offre mon corps transi aux soyeuses lueurs D’un soleil amical qui convie à la danse Le rossignol radieux dont la chanson s’élance En enivrants diamants imprégnés de bonheur. Sur le flot bouillonnant de mes désirs immenses, Je navigue aujourd’hui loin des vaines souffrances Que fomente l’ennui en habit de froideur. À l’abri des filets que l’affreuse démence Pose pour instaurer le règne de la peur, Je conduis mon navire au pays des rêveurs.
- Bouquet de parfums
Dans le jardin de mon esprit, Des filles graciles mélangent Leurs corps en un bouquet étrange Dont la fragrance me guérit.
Un remugle de chien mouillé Succombe à la senteur soyeuse D'une princesse malicieuse, Habile à me désennuyer.
Une odeur de cigare froid S'efface sous la douce haleine D'une mystérieuse sirène, Guide de mes brûlants émois.
L'épouvantable puanteur D'une enfilade de poubelles Meurt dans le parfum de cannelle D'une dame chère à mon cœur.
Un effluve de rat crevé S'éteint sous l'odeur envoûtante D'une fée dont la main ardente Conduit mes vertiges rêvés. - Troquet cradingue
Dans la salle bondée du vieux troquet cradingue, Une sirène amère accoste un boute-en-train Qui saoule l'assemblée de ses vineux refrains Aux accents saugrenus de lointaines bourlingues.
Accoudé au comptoir, un costaud frappadingue Roule des yeux hagards vers un jeune marin Occupé à noyer son mystérieux chagrin Dans l'élixir qui perle au bout de sa seringue.
Sourd au charivari d'un groupe de serins, Le patron silencieux pinte en rongeant son frein Pendant que sa moitié prépare ses valdingues.
Le barman cogne un con qui fourre son tarin Sur les jolis nibards d'une stupide bringue Qui, sans lâcher un mot, s'arrache à tout berzingue. - Faisons la guerre à la cuisine
Faisons la guerre à la cuisine À coups de poêle ravageurs, Au lieu de laver dans les pleurs Les trahisons qui nous chagrinent.
Écharpons-nous dans la farine Pour épancher notre rancœur. Faisons la guerre à la cuisine À coups de poêle ravageurs.
Lançons-nous d'amères tartines Saupoudrées de mauvaise humeur, Jusqu'à ce que notre fureur Se change en caresses mutines. Faisons la guerre à la cuisine.
- Plaisir invulnérable
Dévale le versant de l'ivresse. Inverse le sens interdit de ta vie livide. Avale l'essence de l'impudeur. Envole-toi sur les volutes voluptueuses De l'indécence incendiaire.
Dissous le linceul du silence Dans la sève lascive de tes envies. Descends le chemin de traverse Jusqu'au puits d'insouciance. Cueille les chardons de la chance.
Sème les germes de ta joie Sur le sentier incandescent de tes frissons. Souris aux lueurs de l'aube Complice de tes désirs impavides. Évade-toi dans le plaisir invulnérable.
- Insolent pouvoir
Quand ta main prend la mienne à l'approche du soir Afin de m'insuffler ta joie de vivre immense, Sous l'éclat de ton rire effritant le silence En diamants dont les feux exaltent mon espoir ;
Quand l'étang de tes yeux noie les papillons noirs Qui mènent dans mon âme une effroyable danse, Pour éteindre l'écho de mes cris de souffrance Germés dans mon passé sur le fil du rasoir ;
Quand ta voix, imprégnée d'une tendresse intense, Murmure à mon oreille une chanson d'enfance Pour chasser le chagrin qui s'acharne à pleuvoir ;
Mon esprit, enivré par ta chaude présence, Oublie son désarroi avant de concevoir Un hymne célébrant ton insolent pouvoir. - Je te dédie ces roses
Au seuil de l'abandon, je te dédie ces roses Assemblées en bouquet aux fringantes couleurs, Message d'espérance au parfum du bonheur Qui reviendra fleurir dans ton âme morose.
Quand ton cœur se flétrit sous la cendre des choses, Au lieu de t'effondrer dans un torrent de pleurs, Laisse-toi consoler par la magie des fleurs Dont la beauté soyeuse, à la joie, te dispose.
Pour effacer le goût de ton amour déçu, Cueille un baiser sucré sur le tendre tissu D'une ardente corolle à la saveur exquise.
Quand les roses fanées joncheront ton esprit, Tu te délivreras de ma coupable emprise En jetant notre histoire au puits de ton mépris. Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it - 20 I 07 |