Chêne bienveillant
Dressé parmi mes pairs à l'orée du village, J'offre mon dais de chêne au souffle malicieux De la brise orchestrant le concerto joyeux De la Terre fleurie d'exaltants paysages.
J'abrite tendrement au sein de mon feuillage Des oisillons chétifs aux tremblements anxieux, Tandis que leurs parents défient le ciel pluvieux Afin d'y grappiller des insectes sauvages.
J'assiste au défilé de grossiers personnages, Des bûcherons bavards, dardant sur mon branchage Des regards enflammés par leurs desseins vicieux.
J'héberge les amants sous mon épais ombrage Pour que le flot fougueux de leurs soupirs soyeux Efface les affronts des citadins odieux.
Démon sournois Son délicieux minois de frêle sauvageonne, Habile à décocher des regards pailletés De diamants prometteurs d’ardentes voluptés, Dissimule les traits d’une affreuse gorgone. Sous sa peau satinée, sournoisement, bouillonne Un venin vermillon dont les flots indomptés Envahissent son cœur afin de supplanter Les pâles souvenirs de sa vie monotone. Quand les poignards du monstre ivre de cruauté Lacèrent les trésors de sa féminité, La poupée se replie dans un effroi aphone. Dès que la mort saisit le corps ensanglanté De la fille étendue, une étrange personne Délivre le démon des chairs qui l’emprisonnent.
Érable musical Érable dressé vers le ciel, J'écoute la brise solaire Chanter sa mélodie légère, Perçant le silence de miel. Bercé par les accords sériels Que jouent les feuilles de mes frères, J'oublie le dénouement sévère De notre unisson démentiel. Dans la froideur crépusculaire, J'échappe aux instruments vulgaires Des bûcherons pestilentiels. Quand pointe un jour radieux, j'espère Qùun musicien providentiel Goûtera mes sons essentiels.
Prière à la pendule Pendule venimeuse au tic tac hivernal, Spectatrice assidue de mon chagrin polaire, Tu ponctues sans répit mes rêves solitaires De tes jambes glacées, habillées de métal. Fièrement suspendue à un crochet mural, Inlassable poison au pas atrabilaire, Tu découpes ma vie en tranches éphémères Dont l'affreux défilé ravit l'ange du mal. Impassible témoin de mes journées amères, Renonce à la froideur de ton masque de verre, Pour danser sous mes yeux un ballet infernal. Au lieu de ciseler mon ennui funéraire, Immerge ma douleur dans un gouffre spiral, Avant de prolonger mon bonheur idéal.
Princesse du néant
Étrange créature, issue de ma mémoire, Princesse du néant, tu danses sur le fil Des ténèbres glacées un boléro subtil Dont l'insondable joie chasse mes idées noires. Fille de l'espérance, ange prémonitoire, Tu quittes mon esprit au mépris du péril Pour offrir à la nuit ton sibyllin profil De muette sylphide au visage d'ivoire. Dans tes yeux cristallins scintillent les lueurs De diamants insolents, imprégnés du bonheur Que ton corps élancé trame dans la pénombre. Sur tes cheveux de jais, les rayons argentés D'une lune attentive à velouter les ombres Dessinent un faisceau d'ardentes voluptés.
Abécédaire amoureux Dans mon abécédaire amoureux, résident : Une amazone aux envies polissonnes Un baiser fleuri de gestes osés Une caresse esquissée en vitesse Un divan aux souvenirs émouvants Un encens empreint d'espoir indécent Un frisson à l'abri d'épais buissons Une guitare hostile à la bagarre Un hôtel témoin d'un aveu cruel Une impasse où naît un rire fugace Un jardin propice aux plaisirs badins Une kermesse où pleure une princesse Une lettre ornée de dessins champêtres Une mansarde où la joie se lézarde Une noctambule aux seins minuscules Un orage avant-coureur d'un naufrage Une porte ouverte aux voluptés mortes Un quiproquo résolu illico Un remords éteint dans un alcool fort Un solitaire à la tristesse amère Un téléviseur drapé de froideur Un ukulélé au manche fêlé Une voiture avide d'aventure Un wagon-lit abîmé dans l'oubli Un xérès habile à chasser le stress Une yole au cœur d'une course folle Un zéphyr en chemin vers l'avenir.
Ange de vie
Je suis le frais bouquet de lys et de jasmin, Où loge un rossignol qui t’invite à la danse Sur la place enflammée de tes secrets d’enfance, Des diamants de bonheur semés sur ton chemin. Je suis l’hymne aux accents de radieux lendemains, Attentif à noyer le feu de tes souffrances Sous les perles de joie de sa tendresse immense, Un sésame d’espoir dans le creux de ta main. Je suis le lac bleuté du regard intrépide Qui dirige tes pas loin des forces du vide, Vers le jardin soyeux d’un paisible avenir. Je suis l’ange de vie, qui brûle ta tristesse Dans le creuset ardent des insolents désirs Nichés sous le marais de tes sourdes faiblesses.
Habile financier
Dans la banque cossue, l'habile financier Reçoit aimablement les bourgeois de la ville, Qui, prenant ses conseils pour des mots d'évangile, Lui confient leur argent sans même sourciller.
Il accorde un crédit au riche bijoutier Dont les diamants égaient sa maîtresse futile, Tandis qùil éconduit d'un hochement hostile Le chômeur endetté, interdit de chéquier.
Il oppose à l'espoir des pauvres qui défilent Dans son bureau glacé un silence d'argile Barbelé des secrets de ses sombres dossiers.
Il regagne le soir son douillet domicile Où le whisky royal lui permet de noyer Le remords menaçant son âme d'usurier.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 10 II 07 – n. 4/2007, anno IX° |