Visions colorées
Sur la planète bleue, De petits hommes verts Tirent à boulets rouges Sur les humains qui bougent Pour éteindre l'enfer Qui leur brûle les yeux.
Au cœur de mes nuits blanches Tapissées d'idées noires, Dans mes draps bleu pervenche, Je rêve d'un désert Pour composer des vers Au pays de l'espoir.
Lassée de mes peurs bleues, Je pars de but en blanc. Je cours me mettre au vert, Couler des jours heureux, Loin de mon triste écran Que je jette à la mer.
Près de mon cordon bleu, Je vois la vie en rose Même si je ris jaune Devant les autochtones Qui préfèrent la prose À mes sonnets radieux.
Religieuse sensuelle
Seule avec son missel aux images affreuses, La religieuse implore un céleste signal Afin d'anéantir le désir infernal Qui vient la tourmenter dès l'aube vaporeuse.
À l'abri de ses sœurs dont la foi scrupuleuse Imprègne le couvent d'un ennui abyssal, Elle troque la nuit son habit monacal Contre un rêve au pays des femmes sulfureuses.
Ballottée en secret sur le torrent spiral Des délices tramées par la griffe du mal, Elle conduit son corps jusqu'aux grèves scabreuses.
Dans le profond jardin de son cœur virginal, Un lubrique ballet de fées aventureuses Augure un avenir de voluptés soyeuses.
Prière au sommeil
Sommeil, viens déposer sur mon cœur douloureux Ton voile velouté au parfum de silence Afin d'anéantir les fantômes qui dansent Dans les noires pensées de mon esprit fiévreux.
Fredonne à mon chevet les accords vaporeux D'un apaisant refrain venu de mon enfance. Enterre la douleur germée dans ma conscience Au fond d'un océan de coton ténébreux.
Au lieu de t'envoler dès que le jour se lève, Accompagne mon âme au rivage des rêves, Généreux inventeurs de mes nuiteux plaisirs.
Exhorte le soleil à suspendre sa course Afin que, longuement, je puisse enfin dormir Dans mon berceau obscur, sous l'œil de la Grande Ourse.
Rêve de cristal
Dans les volutes bleues d'un rêve de cristal, Qui forme un océan au cotonneux rivage, Je m'évade à l'abri du délicat visage De ma vive sylphide au regard infernal.
Dans ma nuit solitaire, un arc-en-ciel mental Déverse ses couleurs aux enivrants présages, Assemblées en bouquet de soyeuses images Qui dardent sur mon cœur leur parfum estival.
Un tourbillon de joie dans mon sang se propage En vagues de chaleur, qui lavent les outrages Que m'inflige ma belle au rire de métal.
Dans mon âme s'infiltre un ouragan sauvage Dont le poignard glacé creuse un profond canal Où se noie aussitôt mon chagrin viscéral. Jardin de l'enfance
Je garde au fond du cœur mon jardin de l'enfance, Où germe un chapelet de refrains enchanteurs Qui ponctuent le ballet des crayons de couleur, Habiles pourfendeurs des devoirs de vacances.
Dans mon âme palpite un village de France, Où le gai rossignol célèbre la douceur Du soleil bienveillant dont les tièdes lueurs Mènent sur la fontaine une enivrante danse.
Le crissement aigu de la plume d'acier, Que dirige ma main sur le laiteux cahier, Résonne tendrement au creux de ma mémoire.
La craie sur le tableau trace un savant lacis De présages radieux, inscrits sur le grimoire De mes jeunes années, exemptes de soucis. Couleurs furieuses
Un tourbillon cinglant de profondes couleurs S'étire violemment dans les plis de mon âme Condamnée à subir un arc-en-ciel de flammes Dont les langues rougies me calcinent le cœur.
Mes teintes préférées exaltent ma fureur. Le bleu métal s'accorde à la froideur des lames Qui sculptent dans mon corps des blessures infâmes Vomissant des torrents de sanglantes douleurs.
Le jaune du citron déverse son acide Dans mon esprit noirci dont la joie se dévide Sur le rouet cruel de l'avenir glacé.
Le vert de moisissure étale sa poussière Sur l'écheveau obscur de mes espoirs blessés Qui meurent doucement au creux de mes paupières.
Fête voluptueuse
Je cueille dans tes yeux Les diamants silencieux De nos fêtes subtiles.
Le concerto fébrile De nos corps enlacés Dénoue ton cœur blessé.
Armée de ma tendresse, Je t'étreins pour que cesse Ton chagrin sibyllin.
Ton sourire câlin Ouvre une voie solaire Où je me régénère.
Dans nos nuits sans sommeil Jaillit un flot vermeil De caresses brûlantes.
Nos voluptés inventent Le langage royal De notre accord total.
Patricia Guénot
www.gazzettadisondrio.it – 20 III 07 – n. 8/2007, anno IX° |